Archive pour décembre 2009

Mathieu Gabella/Anthony Jean – La Licorne, tome 3 : Les Eaux noires de Venise

Pour clore cette année 2009, mon dernier billet est consacré à une superbe BD que j’ai eu le plaisir de trouver sous le sapin pour Noël : La Licorne.

La Licorne : Les Eaux noires de VeniseDepuis le premier tome, nous suivons Ambroise Paré, célèbre médecin et chirurgien royal qui enquête sur la mort de plusieurs confrères dans des circonstances pour le moins étranges. Encore plus étranges vont être les découvertes qu’il va faire. Tout d’abord la source du mal pour le moins inattendue, mais aussi les créatures qui apparaissent pour protéger notre protagoniste ainsi que ceux qui se cachent derrière ce complot. Nous rencontrons également au cours de notre lecture de nombreux personnages historiques de la Renaissance tels que Nostradamus ou Paracelse tout en côtoyant des créatures mythiques, et je trouve toujours ce type de mélange des genres très plaisant.

Le tome 3 nous fera voyager à Venise où le complot est sur le point de prendre toute son ampleur alors qu’Ambroise Paré a disparu. Ce volume va nous éclairer sur plusieurs points mais aussi nous amener à nous poser de nouvelles questions dont le dénouement nous sera sans doute révélé dans le quatrième et dernier tome à paraître. Dur dur d’attendre !

Cette BD comporte tellement de retournements de situation qu’on ne sait plus à qui faire confiance, ce qui montre que l’intrigue est drôlement bien menée. Ajoutez à cela de l’action, de splendides dessins et couleurs et vous obtenez une formidable BD historico-fantastique !

A se procurer de toute urgence !

Editions Delcourt, novembre 2009

Jane Austen/Seth Grahame-Smith – Orgueil et préjugés et zombies

Orgueil et préjugés et zombiesLe concept du livre est de parodier ce célèbre classique de Jane Austen qu’est Orgueil et préjugés en y incluant une invasion de zombies et lorsque j’en ai entendu parlé j’ai trouvé l’idée plutôt marrante ; voyons si le livre est à la hauteur des espérances.

Le récit est à 85% le texte de Jane Austen : Mrs Bennet a cinq filles et son ambition est de toutes les marier, de préférence à de beaux jeunes hommes avec de belles situations, comme par exemple Mr Bingley qui vient d’arriver dans le voisinage avec son ami Mr Darcy.

Seth Grahame-Smith a choisi d’agrémenter le roman en imaginant une invasion inexpliquée de zombies en Angleterre et de faire des sœurs Bennet des spécialistes des arts martiaux, allant jusqu’à mettre un dojo dans la propriété de Longbourn. Quelques scènes d’action contre des zombies et des allusions sur les aptitudes au combat des sœurs Bennet parsèment donc le roman de Jane Austen.

J’ai trouvé le début amusant mais je m’attendais à de plus gros changements au niveau du scénario et à plus d’attaques de zombies, bref à quelque chose d’un peu plus trash, en ce sens j’ai été déçue car les ajouts et modifications de l’auteur ne sont pas si nombreux. Je trouvais le concept sympa mais pour moi la parodie n’a pas été poussée assez loin. Est-ce un manque d’audace de l’auteur ou n’a-t-il pas pu changer plus de choses au texte original, je n’en sais rien mais je trouve cela très dommage.

Un livre qui ne tient pas toutes ses promesses mais qui m’aura donné envie de ressortir les romans de Jane Austen.

Editions Flammarion, octobre 2009

Une préquelle de cet ouvrage – Pride and Prejudice and Zombies: Dawn of the Dreadfuls – est en cours d’écriture par Steve Hockensmith ; quant au prochain projet de Seth Grahame-Smith, il s’intitule en anglais Abraham Lincoln: Vampire Hunter (sortie en VO prévue en mars 2010). Dans le même genre, on trouve également, pour l’instant aussi uniquement en anglais, Sense and Sensibility and Sea Monsters, parodie de Raison et sentiments,une fois encore de Jane Austen, par Ben H. Winters. Ce nouveau phénomène de mode risque cependant à mon avis de s’essouffler rapidement.

A noter également qu’un film tiré de la parodie de Seth Grahame-Smith est en préparation, c’est Natalie Portman qui incarnera Elizabeth Bennet mais aucune rumeur ne nous est parvenue quant à l’interprète de Darcy, une petite idée ?

Ian McDonald – Roi du matin, Reine du jour

Roi du matin, Reine du jourUn peu difficile de résumer ce livre, d’une part parce que j’ai l’impression d’avoir lu trois livres différents et d’autre part parce qu’il est extrêmement riche. Ian McDonald nous raconte le destin de trois femmes : la première partie, sous forme de roman épistolaire avec extraits de journaux intimes, lettres et articles de presse, nous conte l’histoire de la jeune Emily Desmond qui a la capacité de voir le peuple des fées ; la deuxième partie nous parle de Jessica dont la vulgarité et le tempérament agressif la conduiront chez un psychologue qui va retrouver les origines de la jeune fille grâce à l’hypnose ; et enfin le livre se terminera avec l’histoire d’Enye, employée d’une boite de publicité qui, la nuit venue et sous l’emprise de la Shekinah, manie le katana pour combattre des apparitions monstrueuses. Il me faut également préciser que chacune des parties se déroule à des époques successives et que le style évolue au fil du livre, c’est pourquoi je vous disais que j’avais l’impression d’avoir lu trois livres distincts bien que les destins de ces trois femmes soient liés. L’univers de chacune est totalement différent et l’on s’en rend compte grâce à l’écriture de McDonald ; un vrai fossé sépare le langage suranné d’Emily Desmond du modernisme du récit d’Enye. Le tout se situe en Irlande, pays d’origine de l’auteur,dont les mythes et la réalité historique sont mis à profit pour créer une ambiance particulière qui pourra parfois rappeler Robert Holdstock ou encore James Joyce.

Une lecture fortement recommandée aux amateurs d’imaginaire.

Editions Denoël, Collection Lunes d’Encre, février 2009

A paraître en janvier 2010

Il ne s’agit pas de faire une liste exhaustive de tous les livres à paraître mais plutôt une petite sélection de ce que j’attends pour débuter la nouvelle année. Je vais essayer de profiter des vacances pour faire diminuer ma PAL d’ici là !

En littérature générale :

Mort de Bunny MunroNick Cave – La mort de Bunny Munro

Résumé : Après le suicide de sa femme, Bunny, représentant en cosmétiques et don juan invétéré, part en tournée avec son fils de huit ans le long de la côte anglaise de Brighton. Mais loin d’être un moment d’intimité rêvé entre un père et son fils, ce voyage initiatique virera rapidement à une descente aux enfers.

(Editions Fammarion, 6 janvier 2010)

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Beth Fantaskey – Comment se débarrasser d’un vampire amoureux

Comment se débarrasser d'un vampire amoureuxEncore un livre avec des vampires, allez-vous me dire ! Alors oui, en effet, mais celui-ci se démarque des autres parutions par un ton un peu plus adulte et un scénario moins « conte de fées ».

Jessica Packwood, adolescente vivant dans un village du comté de Lebanon, Pennsylvanie, fait sa rentrée en Terminale. Ses activités : le club de maths, s’entraîner pour le concours d’équitation, et papoter avec sa copine Mindy en rêvant de sortir avec le beau Jake, le fils de la ferme voisine. Elle a vécu une enfance tout à fait heureuse avec ses parents adoptifs, grands amoureux de la nature, adeptes de la médecine douce et végétariens. Mais son quotidien va basculer lorsque Lucius Vladescu va débarquer de Roumanie et s’installer chez les Packwood. En effet, Lucius se prend pour un vampire auquel Jessica serait fiancée selon un ancien pacte scellé lors de sa naissance en Roumanie. S’en est vraiment trop pour Jessica, de son vrai nom Antanasia Dragomir, comme persiste à l’appeler Lucius et elle est bien décidée à se débarasser de lui. Va-t-elle pouvoir rompre le pacte ou finir par se laisser séduire par ce beau et sombre jeune homme ? Ne serait-ce pas également le moment pour Jessica d’en connaître plus sur ses origines ?

Le livre est raconté du point de vue de Jessica/Antanasia, ce qui nous permet de nous mettre dans la peau de la jeune fille, mais le lecteur connaît aussi le point de vue de Lucius via des lettres qu’il envoie à son oncle Vasile en Roumanie. Le scénario est bien travaillé et le dénouement surprend car comme je le disais plus tôt on ne tombe pas dans les clichés du conte de fées (même si on aime bien aussi en lire de temps en temps !). Un petit jeu du chat et de la souris qui ne laisse à aucun moment deviner comment cela va se terminer, en tout cas moi j’ai bien aimé la fin !

Le livre est également bourré de répliques très drôles qui s’ajoutent aux autres qualités de ce roman et qui fait que l’on passe un très bon moment de lecture.

Editions du Masque, Collection MSK, octobre 2009

En bonus, pour ceux qui lisent l’anglais, la suite des aventures d’Antanasia et Lucius est disponible sur le site de Beth Fantaskey : http://www.bethfantaskey.com/index.html

Vous y trouverez également un extrait de son prochain roman, à paraître en anglais au printemps 2010 : Jekel loves Hyde.

Alice Sebold – La nostalgie de l’ange (The Lovely Bones)

La nostalgie de l'angeSusie Salmon, 14 ans, a été violée puis tuée par un voisin dans le champ de maïs qu’elle traverse régulièrement pour rentrer de l’école.

Son histoire c’est elle qui nous la raconte depuis son paradis duquel elle continue à observer la terre, les réactions de ses parents et amis, et aussi l’enquête sur sa mort. Elle aimerait pouvoir les orienter sur la bonne piste, leur envoyer un signe mais elle est morte et ne peut plus intervenir auprès des vivants.

Au-delà de l’histoire en-elle-même, j’ai beaucoup aimé la richesse des différents personnages, aussi bien les parents de Susie qui réagissent chacun différemment à la mort de leur fille, que Lindsey et Buckley qui continuent de grandir malgré le meurtre de leur sœur ou encore ses camarades d’école. Chacun a sa particularité et rien n’est superflu dans ce livre. On s’imprègne très vite de l’ambiance des seventies aux Etats-Unis. Personnellement, j’ai une préférence pour le personnage de Ruth, ancienne camarade de classe de Susie hantée par la mort de la jeune fille mais je le répète tous les personnages sont intéressants et affronte la vie bien différemment.

Une belle mais triste histoire dont j’ai hâte de voir l’adaptation cinématographique.

Editions J’ai lu, mars 2005

Pour les cinéphiles, voici la bande-annonce de l’adaptation du roman sur grand écran par Peter Jackson, réalisateur, entre autres, de la trilogie du Seigneur des Anneaux. Le film Lovely Bones sortira en France le 27 janvier 2010.

Au casting on retrouve Saoirse Ronan dans le rôle de Susie, Mark Wahlberg, Stanley Tucci, Rachel Weisz ou encore Susan Sarandon.

Alberto Manguel – Tous les hommes sont menteurs

Tous les hommes sont menteurs

Un journaliste français enquête sur l’énigme de la mort de l’écrivain sud-américain Alejandro Bevilacqua, retrouvé gisant dans une rue de Madrid apparemment tombé d’un balcon, au milieu des années 1970. Il va pour cela interroger plusieurs personnes : un écrivain argentin du nom d’Alberto Manguel qui aurait été le confident de Bevilacqua, sa dernière compagne ou encore un homme avec qui il aurait partagé sa cellule sous la dictature militaire en Argentine.

Ce que j’ai trouvé intéressant c’est la perception qu’a chacune des personnes interrogée d’Alejandro Bevilacqua qui nous amène vers une réflexion sur le fait que chacun voit sa propre vérité. En revanche, j’ai eu un peu de mal au début à comprendre qui était qui car on entre tout de suite dans  le dialogue du journaliste avec son premier interlocuteur et l’on découvre petit à petit les éléments du décor. Pas un grand moment de lecture en ce qui me concerne mais pas désagréable.

Actes Sud, septembre 2009

KINOTORIKO – Tendre est la mort

Tendre est la mortKino Toriko est, vous l’avez sans doute deviné, japonaise. Elle a étudié la littérature anglaise et américaine avant de prendre des cours de graphisme. Elle utilise le pseudonyme Kinotoriko pour signer ses œuvres, notamment Tendre est la mort.

Sur la page de gauche, blanche, une jeune fille rentre chez elle, fatiguée de se battre et frappe à la porte de la mort, bien résolue à passer de l’autre côté. Sur la page de droite, noire, un squelette personnifiant la mort va entendre l’appel de cette jeune fille. S’engage alors un dialogue entre la jeune fille et le squelette au cours duquel la mort va tenter d’expliquer à la jeune fille que ce n’est pas à elle de choisir le moment où elle va disparaître et qu’elle doit continuer à vivre, à s’accrocher et à croire au bonheur à venir.

Les dessins, bien qu’assez simples, sont très expressifs ; de ce fait on ressent bien les émotions de la jeune fille et les réactions de la mort. Le texte quant à lui est très simple, très court et accompagne vraiment bien le dessin, sans trop en faire.

Ce petit livre amènera le lecteur vers une réflexion sur le suicide tout en transmettant un message plein d’espoir, le tout dans un format très agréable à regarder. Intéressant.

Pour finir, voici une petite illustration de l’intérieur du livre :

Tendre est la mort_ext

Editions Sarbacane, août 2009

Poppy Z. Brite – La belle rouge

La belle rougeNous retrouvons avec beaucoup de plaisir les deux protagonistes d’Alcool, Rickey et G-man. Souvenez-vous, dans Alcool, ils voulaient ouvrir un restaurant dans lequel tous les plats auraient un ingrédient commun : de l’alcool. Si vous ne l’avez pas lu et si vous ne voulez pas que je gâche votre plaisir, je vous invite à le dévorer avant de poursuivre la lecture de ce billet.

Après le succès rencontré avec leur restaurant, on pourrait penser que tout sourit à Rickey et G-man à la Nouvelle Orléans. C’est sans compter sur une critique parue dans un magazine culinaire qui descend leur restaurant en flèche et les accusations lancées par le procureur Placide Treat sur Lenny Duveteaux. Comment Alcool va-t-il tenir le coup face à ces mauvaises nouvelles ? Car en effet Lenny possède toujours une part du restaurant ce qui ne met pas à l’aise nos deux camarades. Et pourquoi les accusations contre Lenny arrivent-elles en même temps que l’article de ce pseudo critique culinaire ?

Un peu à l’instar d’Alcool il ne se passe pas énormément de choses mais une intrigue s’installe petit à petit pour atteindre son apogée dans les dernières pages du livre. Entre autres péripéties, La belle rouge nous emmènera à Dallas – où vous comprendrez le pourquoi du titre – pour une mission de consulting agrémentée de passages très drôles sur la ville et sur le Texas ! J’ai par contre été déçue de voir moins de descriptions de bons petits plats qui m’avaient tant mis l’eau à la bouche dans le premier volet.

Au final le roman est fort sympathique même si il nous laisse un peu sur notre faim là où Alcool nous avait amplement rassasié.

Editions Au Diable Vauvert, septembre 2009

ITOYAMA Akiko – Le jour de la gratitude au travail

Le jour de la gratitude au travailLe jour de la gratitude au travail ( 沖で待つ – Oki de Matsu) est composé de deux nouvelles.

La première, éponyme, est l’histoire de Kyôko, femme trentenaire sans emploi qui vit avec sa mère et qui ne va bientôt plus recevoir d’allocations chômage. Cette nouvelle est très drôle même si elle traite d’un sujet très sérieux pour les femmes japonaises, à savoir leur position dans le monde du travail et dans la société japonaise en général. Nous y voyons un peu comment est considérée une femme ayant perdu son emploi et qui de surcroit n’est pas mariée. J’aime beaucoup le ton qui est donné à cette nouvelle écrite à la première personne et le personnage de Kyôko est vraiment très sympathique.

La seconde, intitulée J’attendrai au large, nous parle de l’amitié entre Oikawa et son collègue de travail Futo. Ces deux camarades de promotion ont intégré la même entreprise en même temps. Il y a une dimension plus fantastique dans ce récit avec l’apparition d’un fantôme, je ne vous en dis pas plus. Cette nouvelle nous montre cette fois plutôt la vision d’une femme dans le cadre de son travail et les mésaventures qui peuvent survenir mais aussi les liens qui peuvent se créer entre collègues. J’ai un peu moins apprécié cette deuxième nouvelle mais les deux nous montrent différents aspects intéressants du monde du travail au Japon vu du côté des femmes.

Itoyama Akiko a reçu le prix Akutagawa en 2006 avec cet ouvrage.

Editions Philippe Picquier, avril 2008