Archive pour décembre 2010

Bernard Beckett – Genesis

Genesis - Bernard BeckettL’histoire se déroule dans un futur hypothétique dans lequel les quelques survivants de l’épidémie ayant décimé la Terre ont fondé un nouvel ordre basé sur la République de Platon. Le jour est venu pour Anaximandre de se présenter devant le jury pour son examen d’entrée à l’Académie. Le sujet de son exposé porte sur Adam Forde, personnage historique qui a failli mettre en péril la nouvelle République de Platon. Anax nous embarque donc avec elle pour 5 heures d’exposé face à un jury d’apparence peu commode…

J’étais plutôt sceptique en commençant le livre, en effet, l’idée de passer 200 pages à lire l’exposé d’une étudiante n’était pas forcément pour me réjouir mais j’ai très vite été intriguée par l’histoire racontée par Anaximandre et j’ai finalement trouvé l’idée pas bête du tout ! Le sujet apporte des réflexions philosophiques intéressantes et ne manquera pas de tenir le lecteur en haleine jusqu’à l’ultime révélation.

Pas aussi bien que ce à quoi je m’attendais, mais la fin m’a tout de même bluffée, je ne l’avais pas vu venir. Une lecture tout à fait recommandée dans la catégorie romans pour ados.

Gallimard, Pôle fiction, septembre 2010

Guillermo del Toro/Chuck Hogan – La lignée

La lignéeDepuis son atterrissage à l’aéroport de JFK à New York, un avion en provenance de Berlin ne répond plus à la tour de contrôle. Le spectacle qu’Ephraïm et son équipe d’épidémiologistes découvrent à bord a de quoi glacer le sang : tous les passagers, sauf quatre, sont morts, en apparence paisiblement. Ont-ils été victimes d’un attentat au gaz ? D’une bactérie foudroyante ? Lorsque, le soir même, deux cents cadavres disparaissent des morgues de la ville, Ephraïm comprend qu’une menace sans précédent plane sur New York. Lui et un petit groupe décident de s’organiser. Et pas seulement pour sauver leurs proches, car c’est la survie de l’humanité tout entière qui est en jeu…

On connaît plutôt Guillermo del Toro comme réalisateur (Hellboy, Blade 2) et cela se ressent dans le livre, on a presque l’impression de voir le film défiler devant nos yeux. Ce roman est un bon divertissement de série B, avec ses passages gores et ses nombreux clichés (un des survivants m’a étrangement fait penser à Marilyn Manson). Il contient cependant quelques longueurs ce qui en fait un roman assez inégal mais néanmoins distrayant.

A lire si vous aimez ce genre, mais pas indispensable.

La suite, intitulée La Chute, est sortie au mois d’octobre, aux éditions Presses de la Cité.

Pocket, octobre 2010

Maïa Mazaurette – Dehors les chiens, les infidèles

Dehors-les-chiens-les-infidèles-Maïa-MazauretteQuatre-vingts ans après la défaite des forces de la Lumière face aux Ténèbres, le monde ne connaît plus que la nuit éternelle. Seul espoir de voir un jour se lever le soleil : la Quête. Tous les cinq ans, un groupe de cinq adolescents spécialement entraînés part à la recherche de l’Étoile du Matin, arme légendaire, seule capable de lever la malédiction divine qui frappe l’humanité.

C’est avec l’un de ces groupes de quêteurs que nous allons vivre cette aventure, et quelle aventure ! Dehors les chiens, les infidèles (qui tire son titre d’un passage de l’Apocalypse) va nous entraîner dans un combat religieux entre la Lumière et les Ténèbres, mais aussi dans des querelles intestines ce qui ne va pas faciliter le retour de la lumière. Cependant, si l’action démarre avec un thème plutôt classique en fantasy – celui de la quête réunissant des personnages que tout, ou presque, oppose – la suite prend un tournant que j’ai trouvé original.

Maïa Mazaurette nous livre un récit d’heroïc-fantasy assez violent, avec des personnages complexes et dont le scénario est tout a fait maîtrisé. Pour conclure en trois mots : j’ai adoré !

Folio, septembre 2010

Olivier Adam/Arnaud Auzouy – Kyoto Limited Express

Kyoto Limited ExpressUn homme retourne à Kyoto, ville dans laquelle il a habité pendant quelques temps avec sa femme et sa fille. Cette fois, il est seul et il déambule, mélancolique, dans ce lieu où tout semble immuable…

On pourrait penser que ce roman d’Olivier Adam n’est qu’un prétexte pour parler du Japon en général et de Kyoto en particulier, mais pas seulement. En effet, j’ai aussi été touchée par l’histoire de Simon Steiner marchant sur les traces d’un passé à jamais enfui. Le texte aurait tout à fait pu se passer des photos d’Arnaud Auzouy car on retrouve les mêmes qualités que dans les précédents romans de l’auteur. Cependant, bien qu’elles n’illustrent pas le texte à proprement parler, elles trouvent tout à fait leur place, on ne se demande à aucun moment ce qu’elles viennent faire là, elles font partie intégrante du voyage. Et en plus, elles sont superbes !

Les descriptions d’Olivier Adam quant à elles sont tout à fait justes, je retrouve avec précision les décors vus et les impressions que j’ai moi-même eu dans ce pays jusqu’à présent. Et maintenant, j’ai encore plus hâte d’aller visiter Kyoto qui semble être un endroit à part dans ce pays déjà plein de surprises.

J’ai trouvé cette collaboration très intéressante et réussie. Les amateurs du Japon et de sa culture devraient trouver leur bonheur dans ce livre, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler la littérature japonaise. Quant à ceux qui ne connaissent pas, ça sera peut-être l’occasion de découvrir plein de choses !

Points, octobre 2010

Jean-Claude Mourlevat – Le combat d’hiver

Le combat d'hiverLe récit débute dans un pensionnat aux règles drastiques qui regroupe uniquement des orphelins ignorant leurs origines. Un jour d’octobre, Helen demande à aller voir sa consoleuse et choisit de se faire accompagner par Milena. Si elles ne sont pas revenues dans les 3 heures imparties, une élève désignée au hasard sera punie jusqu’à leur retour.

En chemin, elle croisent deux garçons, Bartolomeo et Milos, qui reviennent de la colline des consoleuses. Après quelques minutes de discussion, ils se séparent, non sans avoir échangés leurs noms et promis de s’écrire en faisant passer les messages d’un internant à l’autre par l’intermédiaire du « Putois ». Pendant qu’Helen se rend chez sa consoleuse, Milena va attendre sa camarade à la bibliothèque. Seulement, quand Helen revient, Milena n’est plus là ; elle va devoir rentrer seule à l’internat…

Je ne vous en dis pas plus si ce n’est que la disparition de Milena va entraîner nos quatre héros à travers de nombreuses péripéties, au cours desquelles ils croiseront des créatures semi-animales (amicales ou non ? je vous laisse le découvrir !). C’est là l’élément fantastique qui fait l’originalité du roman malgré une trame déjà vue dans d’autres œuvres. De plus, l’histoire est fort bien écrite, les sentiments sont merveilleusement exprimés et on ne s’ennuie pas un seul instant. Autant de qualités qui font de ce roman une réussite.

Voici une lecture que je conseille vivement, de 7 à 77 ans !

Gallimard, Pôle fiction, septembre 2010

Bernard Quiriny – Contes carnivores

Contes carnivoresUn botaniste amoureux de sa plante carnivore. Un curé qui se dédouble dans différents corps. Des Indiens d’Amazonie qu’aucun linguiste ne comprend. Un homme qui a le don d’entendre tout ce qui se dit de lui. Voilà quelques exemples des quatorze nouvelles qui constituent ce recueil.

Bernard Quiriny s’inscrit dans la tradition de la nouvelle fantastique avec beaucoup de réussite et surtout en l’adaptant à notre époque. Chaque nouvelle est originale et nous mène, non sans quelque angoisse, sur des sentiers que l’on aurait jamais imaginé. J’ai notamment beaucoup apprécié, Pierre Gould, personnage récurent, tour à tour leader d’une société secrète d’esthètes fascinés par les marées noires, collectionneur d’œuvres imaginaires mais également écrivain, et que j’ai trouvé très « drôle ».

Une lecture agréable qui m’a donné envie de découvrir le roman de Bernard Quiriny, Les assoiffées, paru en août dernier.

Points, septembre 2010

Mélanie Fazi – Arlis des forains

Arlis des forainsArlis James est un petit garçon de onze qui vit avec des forains. Bébé, il aurait été trouvé dans la cage de l’ours Palmer et adopté par Lindy, c’est d’ailleurs elle qui l’a baptisé ainsi. Suivant la troupe sur les routes depuis son plus jeune âge, il n’a jamais été à l’école, a traversé plusieurs états, ce que beaucoup d’enfants voient comme une vie de rêve et lui envient !

Cette fois-ci, c’est à Bailey Creek que le cirque s’installe. Ici, Arlis va y faire la connaissance de Faith, fille de pasteur rebelle et extrêmement insupportable, qui va se mettre en tête d’initier le jeune garçon à ses propres rites, invoquant le Seigneur des Moissons. Peu de temps après, des phénomènes étranges commencent à se produire autour des deux jeunes gens…

J’ai bien aimé le début du livre dont l’univers n’est pas sans rappeler celui de Théodore Sturgeon. Malheureusement, le dénouement de l’histoire ne m’a pas tellement plu. Je m’attendais à quelque chose de plus percutant, et de plus barré aussi ; la trame reste finalement assez conventionnelle.

Je préfère donc l’auteure dans le format nouvelle, pour l’instant en tout cas, mais le roman est loin d’être mauvais, il se lit agréablement mais manque d’un petit quelque chose pour être plus qu’honnête.

Folio, septembre 2010

Voir aussi : Mélanie Fazi – Serpentine

William T. Vollmann – Pourquoi êtes-vous pauvres ?

Pourquoi êtes-vous pauvres ?William T. Volmann a parcouru le globe muni de cette unique question « Pourquoi êtes-vous pauvres ? », et est allé la poser aux intéressés. Du Yémen au Mexique, en passant par la Thaïlande ou encore le Japon, il a recueilli plusieurs témoignages.

A travers ce livre, nous constatons que la pauvreté ne se limite pas à des statistiques ( au début de l’ouvrage figure un tableau montrant les revenus des personnes interrogées assez édifiant). Les conditions de vie des personnes interrogées ne sont pas les mêmes, leur perception et les raisons de leur pauvreté diffèrent, et pourtant ils font tous partie des laissés-pour-compte de la société.

William Vollmann n’essaye pas d’expliquer les raisons de cette pauvreté, il ne juge pas, ne tente pas d’apporter des réponses pour changer leurs conditions de vie, il se contente de rapporter des faits en donnant la parole à ceux qui sont concernés, ceux à qui on ne demande jamais de s’exprimer sur le sujet et en cela, on salue l’initiative.

Babel, octobre 2010

Patrick Ness – Le chaos en marche, tome 1 : La voix du couteau

Patrick Ness - La voix du couteauTodd est le dernier garçon à Prentissville, le seul qui n’a pas encore atteint l’âge adulte mais dans un mois il aura 13 ans : ce jour-là, il sera un homme. Le monde où habite Todd a la particularité d’être uniquement peuplé d’hommes depuis que toutes les femmes ont disparu après l’apparition du Bruit, ce virus qui fait que tout le monde entend les pensées des autres.Mais voilà qu’un jour en se promenant, Todd découvre un endroit où le Bruit se tait.

Au même moment, Aaron, le prêcheur du village, le surprend. La garçon tente par tous les moyens de lui cacher ses pensées, sans savoir ce que tout le monde lui cache depuis sa naissance…

Dès le début, j’ai eu beaucoup de mal avec la façon de parler du narrateur, Todd. En effet, il n’utilise pas toujours des tournures grammaticales correctes et certains mots sont déformés, cela ne gêne en aucun cas pour la compréhension mais j’ai trouvé ça un peu pénible, ça débutait mal. Comme je m’avoue rarement vaincu quand je commence un livre, j’ai continué et au bout de quelques chapitres j’ai enfin commencé à apprécier le roman.

Le scénario est vraiment original, le lecteur n’aura de cesse de chercher les réponses aux questions soulevées dès le premier chapitre et ce, sans s’ennuyer un seul instant puisque l’auteur laisse la part belle à l’action. J’ai aussi beaucoup aimé le personnage de Viola et le contraste qu’elle semble former avec le héros.

Le langage de Todd, même s’il a sa raison d’être, a continué à me gêner jusqu’à la fin mais le scénario mérite vraiment qu’on essaye de passer outre. De plus, vu la façon dont le livre se termine, on ne pourra que lire la suite ! Un bon roman jeunesse qui saura aussi plaire aux plus grands.

Gallimard, Pôle fiction, juin 2010

Christophe Lambert – Le Commando des Immortels

Le Commando des ImmortelsL’action se situe en 1942-1943 en pleine guerre du Pacifique. En plein cœur de l’Asie, l’armée des États-Unis est mise à mal par les japonais. Leur dernier espoir est d’envoyer un commando afin d’enrayer la progression de l’armée nippone. Afin d’assurer leur victoire, ils font appel à des spécialistes du combat en forêt : les Elfes. Ces derniers vont avoir la lourde tache d’entrainer les soldats à leurs techniques de combat ancestrales. Cependant, les Elfes n’acceptent de combattre au côté de l’armée des USA qu’à une condition : ils exigent d’être accompagnés d’un historien et romancier anglais qui s’avère être J.R.R. Tolkien.

Tolkien devient, malgré lui, un personnage indispensable à cette expédition. N’allez cependant pas imaginer cet érudit dans la peau d’un nouveau Rambo, le personnage conserve son rôle d’intellectuel et apporte une réflexion sur le combat qui fait rage, notamment à travers les lettres qu’il envoie à son épouse. Christophe Lambert trouve ainsi le bon équilibre entre scènes d’actions et réflexions personnelles. Il se sert également très bien de ses diverses inspirations ; pas seulement l’univers de Tolkien mais aussi un certain nombre d’œuvres cinématographiques ce qui en fait un récit très « visuel ».

L’auteur nous livre une histoire distrayante qui ne manquera pas de donner envie aux fans de se replonger dans le Seigneur des Anneaux ou le Silmarillion.

Pocket, avril 2010