Archive pour septembre 2011

Jonathan Coe – La pluie, avant qu’elle tombe

Jonathan Coe - La pluie, avant qu'elle tombeRosamond vient de mourir, mais sa voix résonne encore, dans une confession enregistrée, adressée à la mystérieuse Imogen. S’appuyant sur vingt photos soigneusement choisies, elle laisse libre cours à ses souvenirs et raconte, des années quarante à aujourd’hui, l’histoire de trois générations de femmes, liées par le désir, l’enfance perdue et quelques lieux magiques. Et de son récit douloureux et intense naît une question, lancinante : y a-t-il une logique qui préside à ces existences ?

C’est la première fois que je lis un roman de Jonathan Coe, j’ai cru comprendre que ses précédents ouvrages avait un côté drôle que l’on ne retrouve pas du tout ici. Je ne peux donc pas faire de comparaison mais en tout cas celui-ci m’a donné envie de découvrir ses autres romans car j’ai été absolument séduite par le style et l’ambiance poétique et mélancolique. Il faut dire qu’il y a toujours une atmosphère particulière et unique dans les romans dont l’action se situe en Angleterre.

J’ai été particulièrement émue par le témoignage de Rosamond, par le destin des personnages dont elle parle, par la façon dont elle évoque son homosexualité qui même si ce n’est pas le sujet du livre m’a beaucoup touchée, par les souvenirs qui affleurent à partir de ces vingts photos…

Et puis, il y a surtout le mystère qui plane autour d’Imogen, car c’est autour d’elle que tourne tout le récit et pour elle que Rosamond enregistre cette confession.

Une histoire à la fois belle et triste dont je garderai pendant longtemps le souvenir.

Folio, avril 2010

Joseph O’Connor – Redemption Falls

Redemption FallsEn 1865, au lendemain de la guerre de Sécession, les États-Unis sont un pays à la fois à construire et à reconstruire. Une terre ouverte ou chacun espère une deuxième chance. Orpheline de dix-sept ans, Eliza Duane Mooney est prête à tout pour saisir la sienne. Ancien bagnard, ancien général et désormais gouverneur de la petite ville de Redemption Falls, James O’Keefe croit avoir épuisé ses chances. Mais l’Ouest est un tourbillon et, quand deux trajectoires s’y croisent, nul ne sait ce qui peut advenir…

J’ai rencontré un gros problème avec ce livre. En effet, si j’ai aimé le fond, la forme ne m’a pas convaincue. Tout d »abord, j’ai trouvé l’ensemble assez décousu, changements de narrateurs, témoignages, retours en arrières, il m’a fallu au début de chaque chapitre un temps d’adaptation pour comprendre qui parlait et à quel époque. Ce sont pourtant des procédés qui me plaisent d’habitude mais là je ne sais pas ce qui s’est passé, c’était confus. De plus, si on finit par comprendre quels sont les liens entre les différents personnages, cela reste flou pendant un bon moment.

Pourtant, l’histoire de ces personnages est loin d’être inintéressante tout comme le contexte historique, c’est donc bel et bien la construction du roman qui m’a déplu.

C’est donc un rendez-vous manqué pour ma part, ce qui m’énerve d’autant plus que je ne peux pas dire non plus catégoriquement que je n’ai pas aimé, je suis frustrée !

10 x 18, juin 2009

Stephen King – Dôme

Le Dôme : personne n’y entre, personne n’en sort.

A la fin de l’automne, la petite ville de Chester Mill, dans le Maine, est inexplicablement et brutalement isolée du reste du monde par un champ de force invisible.

Personne ne comprend ce qu’est ce dôme transparent, d’où il vient et quand – ou si – il partira. L’armée semble impuissante à ouvrir un passage tandis que les ressources à l’intérieur de Chester Mill se raréfient.

Big Jim Rennie, un politicien pourri jusqu’à l’os, voit tout de suite le bénéfice qu’il peut tirer de la situation, lui qui a toujours rêvé de mettre la ville sous sa coupe.

Stephen King - Dôme

Cela faisait des années que je n’avais pas lu un roman de Stephen King – ne me demandez pas pourquoi je n’en sais rien – mais lorsque j’ai découvert en librairie ces deux volumes et ces superbes couvertures, je me suis dit que le temps des retrouvailles était venu.

Deux tomes, soit un total de plus de 1000 pages, et pourtant, le roman se lit à une vitesse folle. Grâce à des chapitres courts et à de nombreux personnages, les évènements s’enchaînent rapidement et on tourne les pages avec avidité, se demandant de quelle manière les choses vont empirer, car assurément cela ne va pas aller en s’arrangeant…

Je n’ai pas retrouvé le côté horreur-fantastique des premiers romans de Stephen King mais on a droit à une belle brochette de salopards ! Du côté des descriptions, l’auteur est toujours aussi doué, on visualise tout comme si on y était – et il y a des choses qu’on préférerait ne pas voir, croyez-moi !

J’ai bien aimé aussi les questions soulevées par l’apparition de ce dôme : problèmes de ravitaillement, de communication avec l’extérieur, modification de l’atmosphère ambiante…

Je ne peux que vous le conseiller !

Albin Michel, mars 2011

David Foenkinos – La délicatesse

David Foenkinos - La délicatesse« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…

– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie.

Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour vous parler de ce livre c’est « bof ».

Le livre se lit facilement car le style est agréable, notamment dans la première partie, avec de l’humour, et des mots bien choisis. C’est plutôt la suite qui m’a déçue, la personnalité de Nathalie, son attitude envers les autres, et même sa « rencontre » avec Markus… La palme revient tout à de même à Charles, le patron de Nathalie, qui est tellement ridicule que ça en devient pénible. Et au final, je dois dire que je n’ai pas trouvé que c’était une belle histoire mais plutôt une histoire tout à fait banale ; je n’ai pas été émue, je n’ai pas ri, rien…

Je m’attendais à quelque chose de plus original de la part de David Foenkinos, c’est donc déçue que je ressors de cette lecture.

Folio, janvier 2011

Pierre Bordage – Ceux qui sauront

Pierre Bordage - Ceux qui saurontDans la présente uchronie, la Révolution française a été un échec ; les nobles règnent toujours sur la France et la répression des masses populaires semble encore plus vive. On leur interdit notamment de s’instruire. Ils sont pourtant nombreux, tout comme Jean, à braver l’interdiction et à se rendre à l’école clandestine.

Clara quant à elle est né dans une famille d’aristocrates, elle préfèrerait aller s’amuser  ou faire du shopping plutôt que de devoir assister à ses cours particuliers.

Le destin va les faire se rencontrer, puis se séparer. Pourront-ils se retrouver malgré leurs différences ?

J’aime beaucoup les uchronies de manière générale, c’est toujours intéressant de concevoir un monde différent de celui que l’on connaît. Imaginez par exemple, le Roi et la Reine de France se connecter à internet !

Dans le présent roman, l’idée de départ me plaisait beaucoup et les questions soulevées par l’interdiction de l’accès à l’instruction m’a particulièrement interpelée. Il y a vraiment de très bonnes idées dans ce roman de Pierre Bordage et l’action nous tient en haleine. Il manque tout de même un petit quelque chose à mon goût, certains aspects n’ont pas été assez explorés et j’ai eu un peu de mal à me faire une idée de l’atmosphère générale. D’autre par j’aurais aimé que certains personnages secondaires soient plus approfondis et je me suis demandée ce que certains étaient devenus.

Pour la suite des aventures de Jean et Clara, rendez-vous dans Ceux qui rêvent, j’aurai peut-être mes réponses !

J’ai lu, mai 2010

Fabrice Colin/Mathieu Gaborit – Confessions d’un automate mangeur d’opium

Confessions d'un automate mangeur d'opiumMargo est une jeune comédienne qui triomphe à l’affiche de Roméo et Juliette en cette année 1899. Lorsqu’elle apprend le décès de sa meilleure amie dans des circonstances pour le moins étranges – elle est tombée d’un aérocab conduit par un automate – elle n’hésite pas une seconde avant de se lancer à la recherche de la vérité. Aidée par son frère, Théo, psychiatre à la clinique Sainte-Anne, elle va tenter de retrouver ce mystérieux automate qui semble receler la clé de l’énigme.

Quel plaisir d’évoluer dans ce Paris du XIXème siècle où toute l’industrie repose sur l’utilisation de l’Éther. Les deux auteurs ont chacun un style que j’apprécie et ce roman écrit à quatre mains est une réussite totale sur ce point. Quant à l’intrigue, elle m’a tout à fait séduite également ; la personnalité des deux personnages principaux n’y est d’ailleurs pas étrangère. Outre l’ambiance steampunk, le côté hôpital psychiatrique m’a bien plu aussi, ça m’a rappelé un jeu PC que j’avais adoré, Sanitarium.

Une formidable uchronie steampunk. Ne vous laissez surtout pas décourager par son immonde couverture, ce roman vaut vraiment le coup !

Le Serpent à plumes, mai 2003

HWANG Sok-Yong – L’invité

HWANG Sok-Yong - L'invitéPasteur habitant aux États-Unis depuis quarante ans, Ryu Yosop fait parti des quelques nord-coréens exilés à être invité à séjourner dans leur pays d’origine. C’est l’occasion pour plusieurs d’entre eux de retrouver la famille de laquelle ils ont été séparé pendant la guerre. Le tout est bien évidemment savamment orchestré par le gouvernement, rien n’est laissé au hasard, le pasteur va vite se rendre compte.

Ce qui m’a tout d’abord interpellée dans ce roman, c’est le déchirement du peuple coréen. On a du mal à imaginer combien de familles se sont retrouvé séparés à l’issue de la guerre de Corée, non seulement entre le nord et le sud mais aussi ceux qui se sont exilés dans des pays étrangers. Je m’attendais donc à des retrouvailles relativement émouvantes entre Ryu Yosop et sa famille ou du moins des gens qu’il avait connu à l’époque, mais finalement je n’ai pas vraiment compris dans quel but le pasteur avait décidé de faire ce voyage.

J’ai bien aimé en revanche les récits de jeunesse du personnage qui nous permettent d’imaginer ce qu’il a vécu, non seulement à cause des controverses politiques mais aussi de sa religion.

Le sujet est sans conteste intéressant et nous amène à réfléchir sur pas mal de choses, pourtant, au final, j’ai été un peu déçue par le dénouement.

Une lecture en demi-teinte qui n’a pas entièrement répondu à mes attentes.

Je suis pourtant prête à retenter un autre livre de l’auteur, affaire à suivre !

Points, janvier 2010

OHMI Tomu – Midnight Secretary

Ohmi Tomu - Midnight SecretaryC’est encore une fois grâce à Sandy que j’ai lu – et dévoré ! – ce manga.

Kaya a été choisie pour être la nouvelle secrétaire du président (d’une société dont j’ai complètement oublié le nom mais ça n’est absolument pas important). Ce dernier a la réputation d’être difficile et de changer de secrétaire tous les six mois mais Kaya est prête à relever le défi, cachant son visage juvénile sous une tenue classique et une coiffure austère et surtout en se montrant d’une efficacité redoutable dans son travail. Pourtant, elle n’est pas du tout au goût du président Kyouhei qui a l’habitude de s’entourer de belles femmes et son poste reste en sursis jusqu’au moment où elle découvre le terrible secret du président : c’est un vampire !

Au lieu de prendre ses jambes à son coup, elle est encore plus déterminée à devenir la parfaite secrétaire ; Kyouhei finit donc par accepter de la garder à son service.

L’histoire n’a rien de très original et le tout est bourré de clichés, mais c’est exactement ce qui fait partie du charme de ce genre de séries ! Même si Kyouhei est souvent totalement odieux (mais ce n’est pas que de sa faute car il est torturé le pauvre), je n’ai pu m’empêcher d’avoir des papillons dans le ventre à chacun de leurs tête à tête, et d’être jalouse en même temps que Kaya.

Je n’adhère pas vraiment au portrait de la femme qui se laisse mener par le bout du nez par l’homme dont elle est éprise – les lectrices d’Happy Marriage seront sans doute d’accord avec moi – mais force est de constater que ce fantasme est une formule qui marche encore du tonnerre ici (au Japon) et qui est très souvent reprise ! Et au final, on ne crache pas dessus puisque quand l’héroïne décide d’être un peu indépendante, cela met à coup sûr du piment dans leurs relations !

Pour finir, je ne vous cacherai pas que je suis tombée sous le charme du beau vampire ténébreux et qu’à la place de Kaya, j’aurais sans doute donné le meilleur de moi-même pour garder mon job ! Hihi.

J’ai passé un super moment avec cette série ; si vous aimez les mangas et les romances, je pense que vous ne serez pas déçus ! La série comporte sept tomes mais l’histoire se termine en fait à la fin du sixième, vous pouvez donc vous dispenser du dernier qui ne présente, à mon avis, pas grand intérêt.

Soleil éditions, 7 tomes parus entre 2010 et 2011

Saša Stanišić – Le soldat et le gramophone

Saša Stanišić - Le soldat et le gramophoneAleksandar grandit près de Višegrad, dans ce qui est encore la Yougoslavie, quand se produit un drame : la mort de son grand-père Slavko. Celui dont les récits légendaires du communisme l’ont enchanté, et auquel il a fait le serment de transformer la réalité en histoires. Mais la guerre est proche.

Et cette guerre, nous est décrite ici à travers les yeux d’un enfant. Cet enfant, moitié serbe, moitié bosniaque, raconte les évènements tels qu’il les a vécu, avec sa naïveté qui est d’ailleurs souvent touchante. Les personnages sont pour la plupart assez atypiques, presque caricaturaux, et c’est ce qui nous les rend attachants. L’histoire n’est pas nouvelle mais la façon dont elle est écrite lui confère une réelle originalité. Le récit est souvent drôle malgré le sujet dramatique ; en cela j’ai d’ailleurs retrouvé un peu l’ambiance des films d’Emir Kusturica.

Et puis, il faut vous dire aussi que ce que j’ai aimé dans ce livre, c’est qu’au fil de ma lecture, j’ai eu envie d’en apprendre plus sur l’ex-Yougoslavie ; je suis donc allée à plusieurs reprises vérifier un point de géographie ou d’histoire, regarder des photos des paysages, lire des biographies… Voilà ce que j’appelle une lecture instructive !

Un récit à la fois poignant et drôle, une belle réussite pour ce jeune auteur.

Livre de poche, mars 2010

Jean-Claude Mourlevat – Terrienne

Jean-Claude Mourlevat - TerrienneGabrielle, la sœur d’Anne, a disparu il y a un an, juste après son mariage avec Jens.

Après avoir perçu un message de détresse, Anne part à sa recherche et se retrouve dans une sorte de monde parallèle totalement aseptisé où les habitants semblent être complètement dépourvus de libre-arbitre, et où la première chose qu’elle devra apprendre à faire est de ne pas respirer pour ne pas trahir sa véritable origine…Mais Anne est bien décidée à sauver sa sœur coûte que coûte.

Ce roman, c’est à la fois une histoire de rencontres, d’amitié, de confiance et d’amour.

C’est aussi un style agréable et fluide qui, allié à un scénario plein de suspens, en font un livre qui se dévore.

Non seulement un livre mais aussi un auteur que je vous recommande fortement !

Gallimard jeunesse, janvier 2011

Voir aussi : Jean-Claude Mourlevat – Le combat d’hiver