Archive for the ‘ Littérature française ’ Category

Amanda Sthers – Les Terres saintes

Amanda Sthers - Les Terres SaintesHarry Rosenmerck, juif ashkénaze, cardiologue parisien, a tout quitté pour devenir éleveur de cochons en Terre sainte. Il entame alors une correspondance cocasse avec le rabbin Moshe Cattan.

Entrent également en scène dans cette correspondance – manuscrite ou électronique – David, son fils, auteur de théâtre et homosexuel, auquel il ne répond jamais ; Annabelle, sa fille, qui vit un chagrin d’amour, et son ex-femme à qui on vient de diagnostiquer un cancer.

Malgré le billet très positif de Cécile, je ne me sentais pas attirée par ce roman épistolaire à l’époque. Je l’avais tout de même noté en me disant qu’un jour, peut-être, j’aurais envie de le lire. C’est chose faite, et je ne le regrette pas du tout !

Dès les premières pages, j’ai été touchée par les personnages que je découvrais à travers leurs lettres, moyen d’expression qui permet souvent d’en dire plus qu’on le ferait en présence de l’autre, et je n’ai pas reposé le livre avant d’avoir tourné la dernière page, des larmes coulant sur mes joues mais un sentiment de bien-être dans le cœur.

Ce livre d’Amanda Sthers soulève de nombreuses questions, souvent avec beaucoup d’humour, et on se délecte de ces petites piques lancées entre Harry et le rabin et qui fait évoluer leur relation. Je ne peux pas dire pour autant que j’ai apprécié tous les choix des personnages mais cela ne m’a pas empêchée de m’attacher à la famille Rosenmerck et d’essayer de les comprendre.

Un livre tantôt drôle, tantôt émouvant, qui ne m’a pas laissée indifférente et que je recommande sans hésitation !

Le livre de poche, septembre 2011

David Foenkinos – La délicatesse

David Foenkinos - La délicatesse« François pensa : si elle commande un déca, je me lève et je m’en vais. C’est la boisson la moins conviviale qui soit. Un thé, ce n’est guère mieux. On sent qu’on va passer des dimanches après-midi à regarder la télévision. Ou pire : chez les beaux-parents. Finalement, il se dit qu’un jus, ça serait bien. Oui, un jus, c’est sympathique. C’est convivial et pas agressif. On sent la fille douce et équilibrée. Mais quel jus ? Mieux vaut esquiver les grands classiques : évitons la pomme ou l’orange, trop vu. Il faut être un tout petit peu original, sans être toutefois excentrique. La papaye ou la goyave, ça fait peur. Le jus d’abricot, c’est parfait. Si elle choisit ça, je l’épouse…

– Je vais prendre un jus… Un jus d’abricot, je crois, répondit Nathalie.

Il la regarda comme si elle était une effraction de la réalité. »

Le premier mot qui me vient à l’esprit pour vous parler de ce livre c’est « bof ».

Le livre se lit facilement car le style est agréable, notamment dans la première partie, avec de l’humour, et des mots bien choisis. C’est plutôt la suite qui m’a déçue, la personnalité de Nathalie, son attitude envers les autres, et même sa « rencontre » avec Markus… La palme revient tout à de même à Charles, le patron de Nathalie, qui est tellement ridicule que ça en devient pénible. Et au final, je dois dire que je n’ai pas trouvé que c’était une belle histoire mais plutôt une histoire tout à fait banale ; je n’ai pas été émue, je n’ai pas ri, rien…

Je m’attendais à quelque chose de plus original de la part de David Foenkinos, c’est donc déçue que je ressors de cette lecture.

Folio, janvier 2011

Claro – CosmoZ

Claro - CosmoZPrésentation de l’éditeur

Réclamés à parts égales par la fiction et le réel, échappés de l’univers mythique du Magicien d’Oz , quelques orphelins du siècle traversent, des tranchées de 14-18 au champignon atomique d’Hiroshima, un demi-siècle de barbarie. Mise à mal par les diverses tornades de l’histoire, la petite tribu des « Oziens » se confronte aux politiques monstrueuses qui transformèrent l’Europe en une galaxie de camps de concentration et le reste du monde en parcs d’attraction ou en camps retranchés. CosmoZ, une anti-féérie pour revisiter, à l’aune d’un merveilleux qui se rêve résistance, la mortelle illusion des utopies qui, sous mille visages, nous gouvernent.

Mon avis

CosmoZ n’est pas une réécriture du roman de Frank L. Baum, Claro fait simplement revivre les personnages du Magicien d’Oz dans les cinquante premières années du vingtième siècle. Confrontés à la violence du monde moderne, Oz représente le monde idéal auquel ils aspirent. On retrouve les traits de caractère principaux des personnages du roman, des faits historiques dont on a tous entendu parler et du mélange des deux résulte un cocktail détonnant.

La seule chose qui a peut-être un peu entaché ma lecture, c’est le fait que je ne me rappelais pas très bien du Magicien d’Oz, lu il y a longtemps, il m’a fallu du temps pour me rappeler de tous les personnages, c’est un peu dommage. Le style de Claro est en tout cas toujours aussi agréable à lire, il sait trouver les mots justes pour exprimer aussi bien la féérie du monde d’Oz que la violence à laquelle Dorothy et ses camarades sont confrontés.

C’est un roman très dense et difficile à digérer. Je pense qu'(au moins) une relecture serait bénéfique pour comprendre le roman plus en profondeur même si j’ai compris le sens général.

Actes Sud, août 2010

Myriam Chirousse – Miel et vin

Myriam Chirousse - Miel et vinD’un côté, il y a Charles, l’enfant maudit, le bâtard, qui va pourtant devenir Charles de l’Éperay, héritier en titre du Comte de l’Éperay.

De l’autre, Judith, enfant trouvée par Guillaume de Salerac. Adoptée par le frère de ce dernier, elle grandit sous le nom de Judith de Monterlant.

Dès leur rencontre, ils sont irrémédiablement attirés l’un vers l’autre mais leur relation semble déjà vouée à l’échec. Judith épouse alors un autre homme et quitte Sarlat pour s’installer à Paris. Lorsqu’en 1789 le peuple se révolte, le destin les repoussent l’un vers l’autre…

J’ai passé un excellent moment avec ce roman ! Tout d’abord, le personnage torturé de Charles et l’intrépidité de Judith m’ont tout de suite séduite. On sent dès le début que leur amour va rencontrer des obstacles et pourtant on a envie de les voir heureux ensemble. Certains passages entre les deux protagonistes sont pourtant très durs car ils ont tous deux un caractère bien trempé.

D’autre part, j’ai aussi trouvé passionnant le fait qu’une bonne partie de l’action se déroule dans un Paris au bord de la révolte où l’on croise la route de personnages réels tels que Camille Desmoulins ou Olympe de Gouges. La lecture de ce roman m’a d’ailleurs donné envie de me replonger dans cette période de l’histoire de France riche en évènements.

Miel et vin est une histoire captivante dans un contexte historique hyper intéressant que Myriam Chirousse arrive à rendre très réaliste. À ne pas manquer !

Lu dans le cadre d’une lecture commune avec Syl. : le lien vers son billet !

Le livre de poche, juin 2011

Claro – Madman Bovary

Claro - Madman BovaryAprès sa rupture avec une dénommée Estée, le narrateur se plonge corps et âme dans la lecture et jette son dévolu sur Madame Bovary de Gustave Flaubert, œuvre dans laquelle il va se perdre (ou se retrouver ?). Il se promène dans ce livre qu’il a lu et relu jusqu’à se fondre dans le décor. Il va s’identifier tour à tour à divers « acteurs » du roman et adopter plusieurs points de vu, approfondissant sa lecture jusque dans les détails les plus insignifiants.

Voilà un détournement littéraire complètement déjanté de l’œuvre de Flaubert qui ne manquera pas de marquer les esprits.

Faut-il avoir lu Madame Bovary pour apprécier ce roman? J’aurais tendance à dire oui, pour apprécier l’ampleur du talent de Claro à pénétrer dans les moindres parcelles de l’œuvre de Flaubert, mais peut-être n’est-ce pas vraiment obligatoire.

En tout cas, cette lecture est absolument jouissive, décalée, intelligente, bien écrite, je suis totalement fan !

Babel, avril 2011

Nicolas Grenier – Quant à Saint-Germain-des-Prés, trente et un tanka sur la main d’après

livre-nicolas-grenier-2011Dans l’ouvrage que je vous présente aujourd’hui, Nicolas Grenier a choisi de parler d’un quartier de Paris qu’il connaît et affectionne particulièrement, Saint-Germain-des-Prés. Ce qui fait sont originalité, c’est qu’il en parle sous la forme de tanka.

Je vous ai déjà parlé du tanka mais pour ceux qui ne connaissent pas voilà un petit rappel. Le tanka – apparu au Japon pendant la période Heian (794-1192) et considéré comme l’ancêtre du haïku – est un poème court de 31 syllabes sur 5 lignes décomposé ainsi : 5-7-5-7-7. Il est construit en deux parties, la seconde venant conforter la première. Traditionnellement, la première partie montre une image naturelle, elle est appelée kami-no-ku (上の句). La deuxième partie, shimo-no-ku (下の句), peut éventuellement exprimer des sentiments humains liés au sujet précédent, sans que cela soit une règle absolue. Il est toujours considéré au Japon comme la forme d’expression littéraire la plus sophistiquée.

C’est une idée tout à fait originale et qui mêle deux cultures qui m’intéressent tout particulièrement, j’ai été immédiatement interpellée lorsque j’ai lu les mots Saint-Germain-des-Prés et tanka réunis ! A travers ces tanka modernes, l’auteur réussit à retranscrire admirablement l’atmosphère de ce quartier tout en respectant l’essence des poèmes traditionnels japonais. Trente-et-un tanka qui vous permettront de découvrir ou redécouvrir les lieux !

Quant à Saint-Germain-des-Prés, trente et un tanka sur la main d’après sortira au mois de juin prochain aux éditions du tanka francophone, maison d’édition basée au Québec, Canada.

Éditions du tanka francophone, juin 2011

Jean-Philippe Jaworski – Gagner la guerre

Gagner la guerre - JP JaworskiPrésentation de l’éditeur : Au bout de dix heures de combat, quand j’ai vu la flotte du Chah flamber d’un bout à l’autre de l’horizon, je me suis dit : « Benvenuto, mon fagot, t’as encore tiré tes os d’un rude merdier. » Sous le commandement de mon patron, le podestat Leonide Ducatore, les galères de la République de Ciudalia venaient d’écraser les escadres du Sublime Souverain de Ressine. La victoire était arrachée, et je croyais que le gros de la tourmente était passé. Je me gourais sévère. Gagner une guerre, c’est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris d’orgueil et d’ambition, le coup de grâce infligé à l’ennemi n’est qu’un amuse-gueule. C’est la curée qui commence. On en vient à regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées selon l’art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c’est au sein de la famille qu’on sort les couteaux. Et il se trouve que les couteaux, justement, c’est plutôt mon rayon…

Mon avis : Quel livre ! Dans le sens le plus positif du terme. Pour commencer, le style de Jean-Philippe Jaworski, ou plutôt devrais-je dire le langage de Benvenuto Gesufal, est un vrai régal. Je ne vous raconte pas l’histoire, la présentation de l’éditeur donne un bon aperçu du sujet – et de la narration par la même occasion. Le scénario est d’une qualité exceptionnelle, assassinats, intrigues politiques, querelles familiales… tout y est ! Sur les 980 pages du livre, je ne vous cache pas que j’ai trouvé quelques passages un peu ennuyeux mais ils contribuent cependant à l’ambiance du roman et ne sont pas inutiles. Quant au personnage principal, que dire, il est plutôt détestable – ne serait-ce que par sa fonction – mais on ne peut s’empêcher de l’apprécier, de le comprendre, et d’espérer qu’il réussira à se sortir des mauvais pas dans lesquels il ne manquera pas de se fourrer !

Bien que le livre soit sorti dans la collection Folio SF, on ne peut pas vraiment dire qu’il s’agit d’un livre de fantasy, certes, on y trouve un tout petit peu de magie mais c’est surtout une grande épopée historique (fictive) qui nous est racontée, du moins c’est comme ça que je l’ai perçu. Ne vous laissez donc pas freiner par l’étiquette qui lui a été collée, Gagner la guerre, va bien au-delà de cela. Un vrai chef d’œuvre dans la littérature française actuelle.

Folio, janvier 2011

Olivier Adam/Arnaud Auzouy – Kyoto Limited Express

Kyoto Limited ExpressUn homme retourne à Kyoto, ville dans laquelle il a habité pendant quelques temps avec sa femme et sa fille. Cette fois, il est seul et il déambule, mélancolique, dans ce lieu où tout semble immuable…

On pourrait penser que ce roman d’Olivier Adam n’est qu’un prétexte pour parler du Japon en général et de Kyoto en particulier, mais pas seulement. En effet, j’ai aussi été touchée par l’histoire de Simon Steiner marchant sur les traces d’un passé à jamais enfui. Le texte aurait tout à fait pu se passer des photos d’Arnaud Auzouy car on retrouve les mêmes qualités que dans les précédents romans de l’auteur. Cependant, bien qu’elles n’illustrent pas le texte à proprement parler, elles trouvent tout à fait leur place, on ne se demande à aucun moment ce qu’elles viennent faire là, elles font partie intégrante du voyage. Et en plus, elles sont superbes !

Les descriptions d’Olivier Adam quant à elles sont tout à fait justes, je retrouve avec précision les décors vus et les impressions que j’ai moi-même eu dans ce pays jusqu’à présent. Et maintenant, j’ai encore plus hâte d’aller visiter Kyoto qui semble être un endroit à part dans ce pays déjà plein de surprises.

J’ai trouvé cette collaboration très intéressante et réussie. Les amateurs du Japon et de sa culture devraient trouver leur bonheur dans ce livre, qui n’est d’ailleurs pas sans rappeler la littérature japonaise. Quant à ceux qui ne connaissent pas, ça sera peut-être l’occasion de découvrir plein de choses !

Points, octobre 2010

Bernard Quiriny – Contes carnivores

Contes carnivoresUn botaniste amoureux de sa plante carnivore. Un curé qui se dédouble dans différents corps. Des Indiens d’Amazonie qu’aucun linguiste ne comprend. Un homme qui a le don d’entendre tout ce qui se dit de lui. Voilà quelques exemples des quatorze nouvelles qui constituent ce recueil.

Bernard Quiriny s’inscrit dans la tradition de la nouvelle fantastique avec beaucoup de réussite et surtout en l’adaptant à notre époque. Chaque nouvelle est originale et nous mène, non sans quelque angoisse, sur des sentiers que l’on aurait jamais imaginé. J’ai notamment beaucoup apprécié, Pierre Gould, personnage récurent, tour à tour leader d’une société secrète d’esthètes fascinés par les marées noires, collectionneur d’œuvres imaginaires mais également écrivain, et que j’ai trouvé très « drôle ».

Une lecture agréable qui m’a donné envie de découvrir le roman de Bernard Quiriny, Les assoiffées, paru en août dernier.

Points, septembre 2010

Laurent Herrou – Cocktail

Cocktail de Laurent HerrouEn 2000, Laurent Herrou publie son premier roman, Laura, aux éditions Balland. C’est à la suite de la parution de ce livre que l’auteur est invité à un cocktail organisé par son éditeur (qui n’est autre que le regretté Guillaume Dustan, Prix de Flore 1999 avec Nicolas Pages) et réunissant divers auteurs de la collection.

Je n’ai pas tellement apprécié cette lecture, si le regard de l’auteur sur le monde de l’édition et le métier d’écrivain est intéressant, je n’ai, en revanche, pas du tout aimé le style et l’utilisation des initiales pour désigner les personnages. Ceux qui auront reconnu qui se cache sous ces initiales auront peut-être pris du plaisir à cette lecture, mais pour ma part, j’étais complètement paumée et mon intérêt n’a fait que décroître au fil des pages. Dommage car la présentation du livre était plutôt alléchante.

Éditions EP & LA Arès www.ep-la.fr, 2010