Archive for the ‘ Littérature française ’ Category

Bruno Gaia – Au hasard

Bruno Gaia - Au hasardAu hasard, premier livre de Bruno Gaia, se compose d’un roman, Intense navette, et de cinq nouvelles réunies sous le titre Mensonges sans ordre apparent.

Le roman raconte d’une part l’histoire de George, ouvrier d’une usine de fromage, d’autre part, celle de Paul, responsable clientèle de la même entreprise, qui, par un malheureux concours de circonstance, vont tous deux se retrouver au chômage. Face à une même situation, on verra que les conséquences vont s’avérer bien différentes pour les deux hommes.

Les cinq nouvelles s’inscrivent dans la continuité du roman en nous racontant d’autres parcours tout aussi chaotiques.

Pour ma part, j’ai une petite préférence pour les nouvelles mais le roman possède aussi beaucoup de qualités, notamment le style de l’auteur, incisif, cynique, mais aussi plein de lucidité sur son époque. Et il n’épargne personne, hommes et femmes, riches et pauvres, milieu familial et monde du travail, toutes les couches de la société en prennent pour leur grade mais toujours avec humour (ce dont l’auteur ne manque pas ; son écrivain favori, à qui il dédicace d’ailleurs son livre, n’est autre que Terry Pratchett). Si vous appréciez l’humour noir, ne passez pas à côté de cet ouvrage.

Une très bonne découverte donc, un auteur à suivre.

Éditions EP & LA Arès www.ep-la.fr, 2010

Frédéric Beigbeder – Un roman français

Un roman françaisUn soir en plein Paris, Frédéric Beigbeder est arrêté pour consommation de substance illicite sur le capot d’une voiture. Mis en garde à vue, c’est l’occasion pour l’écrivain de revenir sur son passé. Quels sont ses souvenirs d’enfance ? Comment a-t-il vécu la séparation de ses parents ? Quelles étaient ses relations avec son frère aîné ? C’est aussi un moyen de faire le bilan de ce qu’il est devenu, sans oublier, bien sûr, d’y distiller ses critiques de la société française actuelle.

On retrouve le ton habituel de l’auteur qui n’a rien perdu de son humour, souvent grinçant, mais on découvre un Frédéric Beigbeder plus sentimental. Ici, il ne se cache plus derrière des personnages de fiction comme dans ses précédents écrits et se livre avec plus de sincérité. Pas le meilleur roman que j’ai lu mais, sans conteste, le meilleur de Frédéric Beigbeder.

Livre de poche, août 2010

Delphine de Vigan – No et moi

Delphine de Vigan - No et moiJe me suis engagée dans cette lecture sans trop savoir à quoi m’attendre ; bien entendu, j’avais lu la quatrième de couverture, et pourtant, je n’étais pas préparée à ça…

Lou Bertignac est une élève de seconde, très intelligente – elle a deux ans d’avance – mais timide à l’extrême. Lorsque son professeur principal lui demande le sujet de son exposé pour le cours de sciences sociales, elle répond la première chose qui lui vient à l’esprit : les sans-abris, avec un focus particulier sur les jeunes femmes. En répondant cela, elle ne savait pas à quelle point elle allait se retrouver impliquée dans ce sujet.

Lou fait par hasard la connaissance de No, une jeune fille qui semble avoir à peu près son âge mais qui à l’air de trainer dans la rue. Lou se dit qu’elle pourrait l’interviewer pour son exposée mais l’assurance de No lui fait peur, elle ne sait pas si elle va oser lui demander. Allant bien plus loin que le sujet de son exposé, Lou va se mettre en tête de la sauver…

Pendant toute ma lecture, j’ai eu une grosse boule dans le ventre, qui n’a disparue qu’une fois la dernière page tournée. J’ai trouvé ce récit vraiment poignant et été très touchée, tant par le personnage de No, désabusé, que celui de Lou, un peu naïf. J’ai passé mon temps à me poser des questions, à m’énerver, à avoir peur de ce qui allait se passer, à me dire que j’allais baisser les bras parce que c’était trop dur ; voulais-je vraiment lire jusqu’au bout un récit dont la fin me semblait inéluctable ? Bref, ce roman de Delphine de Vigan m’a pris aux tripes. Une expérience difficile mais un roman très réussi que je conseille (sauf si vous avez le moral dans les chaussettes).

Le livre de poche, mars 2009

Amélie Nothomb – Une forme de vie

Amélie Nothomb - Une forme de vie« Ce matin-là, je reçus une lettre d’un genre nouveau. »

Depuis plusieurs années maintenant, pas une seule rentrée littéraire ne se fait sans Amélie Nothomb, avec plus ou moins de réussite. Alors cette année, bon cru ou mauvais cru ?

Une forme de vie est un roman épistolaire entre l’auteure et un soldat américain basé en Irak, Melvin Mapple. Au fil des missives, Melvin Mapple se révèle, et on apprend notamment qu’il est obèse (thème que l’on a déjà vu dans d’autres romans de Nothomb), ce qui ne manquera pas d’intriguer l’épistolière.

Il ne s’agit donc pas d’un roman sur la guerre, ni sur l’obésité, mais plutôt sur la relation qu’elle entretient avec ses lecteurs. J’ai trouvé assez drôle le fait qu’elle joue à la fois son propre rôle et qu’elle se mette dans la peau de ce soldat obèse pour nous livrer ce récit.

S’il se termine, une fois de plus, de façon abrupte, on en prendra pas moins de plaisir à le lire avec délectation, à condition d’aimer le style d’Amélie Nothomb toutefois. Un bon cru pour moi, agréable à lire, mais je regrette tout de même les premiers récits de l’écrivain qui recelaient plus de surprises.

Albin Michel, août 2010

Virginie Despentes – Apocalypse bébé

Virginie Despentes - Apocalypse bébéLucie approche de la quarantaine, c’est typiquement la femme blasée, qu’on ne remarque pas, qui a une vie banale et qui fait un boulot de merde. En effet, elle travaille chez Reldanch où elle est chargée de la surveillance des adolescents. Elle avait pris en filature Valentine Galtan – fille d’un écrivain dont le succès décline et dont la mère l’a abandonnée – mais celle-ci a profité de la confusion provoquée par un malaise dans le métro pour la semer. Puisque c’est Lucie qui l’a perdue, c’est elle qui va devoir aller la chercher, seulement elle n’a aucune idée de par où commencer… Elle fait appel à La Hyène, violente, manipulatrice, très sûre d’elle et lesbienne extravertie ; l’antithèse de notre narratrice. C’est ce duo improbable qui va se mettre à la recherche de cette jeune de 15 ans mal dans sa peau.

J’ai retrouvé avec plaisir l’écriture de Virginie Despentes, son style incisif, qui n’épargne personne. Mais j’y ai trouvé aussi plus de maturité, en plus des chapitres narrés par Lucie, d’autres apportent au lecteur le point de vue des autres protagonistes François, Valentine ou La Hyène par exemple, et ceux-ci rendent à mon avis les personnages plus intéressants, plus fouillés que dans les précédents écrits de l’auteure.

Apocalypse bébé – dont le titre est peut-être la seule chose que je pourrais reprocher à ce roman – est un très bon cru. Si vous avez aimé les précédentes romans de Virginie Despentes, je vous conseille celui-ci mais sachez que vous n’en ressortirez, une fois de plus, pas indemne. Quant à ceux qui ne connaissent pas l’auteure, je ne peux que vous conseiller de la découvrir dès maintenant avec ce roman.

Grasset, août 2010

Lolita Pille – Crépuscule ville

Lolita Pille - Crépuscule villeBienvenue à Clair-Monde ! Ici, quelque part dans un futur proche, sous une épaisse couche de nuages et de brumes, vivent les citoyens d’une cité idéale où l’on vous interdit pour votre bien tout ce qui pourrait vous faire du mal : des implants bancaires sous l’épiderme contrôlent vos dépenses, une brigade d’intervention contre le suicide surveille vos accès dépressifs, les êtres qui vous plaisent sexuellement apparaissent sur un écran-traceur à portée de main, les drogues sont en vente libre, on a le droit au lifting et à la quasi-éternité. Si vous ne voulez pas être heureux, alors vous avez le choix: vivre aux confins de la cité, morts bancaires, junkies, obèses, détraqués.

« Avec Clair-Monde le bonheur n’est plus une utopie. »

L’intrigue se déroule dans futur hypothétique dans une ville idéale où tout est fait pour que vous soyez heureux. Pourtant, heureux, Syd Paradine, flic à la brigade des suicides, n’a pas l’air de l’être. Il faut dire que dans ce monde tout à l’air superficiel, même les relations humaines, détection des partenaires grâce au Traceur, mariages conclus pour 3 ans renouvelables… Petit à petit il va se rendre compte que quelque chose cloche à Clair-Monde et va tenter de se libérer de ce système.

Le livre est bien écrit, Lolita Pille réussi à montrer le côté glauque de cette ville soi-disant parfaite mais en revanche l’intrigue manque un peu d’approfondissement et du petit quelque chose qui vous tient en haleine jusqu’au bout. Je n’ai donc pas été pleinement convaincue par Crépuscule ville, j’ai trouvé à la fois que l’auteure avait beaucoup d’imagination et en même temps il y a aussi un côté déjà vu, on pense notamment à Blade Runner ou Minority Report (deux livres de Philip K. Dick). Néanmoins, on saluera la nouvelle orientation de Lolita Pille qui ose changer complètement de registre après ses deux premiers romans, il fallait oser même si ça n’est pas une totale réussite.

Livre de poche, avril 2010

Céline Curiol – Permission

Permission - Céline CuriolDans un pays non défini, le narrateur est embauché par une organisation internationale appelée l’Institution en tant que « résumain » ; son travail consistera à prendre en note les éléments importants des réunions tenues à l’Institution et à faire un résumé qui sera remis à la presse.

C’est au travers du rapport qu’il écrit que nous allons apprendre à connaître le quotidien, extrêmement policé, de cet homme. Le récit qui débute en relatant les faits tels qu’ils se produisent devient petit à petit plus personnel et intègre des réflexions du narrateur, réflexions qui ne lui serait pas venues à l’idée avant qu’il fasse la connaissance de A., son collègue et surtout son concurrent. Excepté les trois bars de l’Institution, à la fois lieu de travail et lieu d’habitation pour tous les employés, les relations entre collègues ne sont pas encouragées ; sans être explicitement interdites, elles sont plutôt mal vues au sein de l’Institution. C’est pourquoi, lorsque A. tente de lui parler, le narrateur se demande ce qu’il peut bien lui vouloir et essaye de s’en débarrasser, pensant, dans une sorte de délire paranoïaque que celui-ci veut lui piquer sa place – et compte tenu de l’atmosphère qui règne à l’Institution, je dois dire qu’on le comprend. Cependant, A. a un objectif bien précis…

Le récit de Céline Curiol est tout à fait maîtrisé. On pense bien évidemment à quelques classiques des romans d’anticipation tels que 1984 et Le meilleur des mondes et on se rappellera également de Fahrenheit 451. Je dois dire que j’ai été agréablement surprise par ce roman qui s’avère être une très belle expression de la liberté d’agir et de penser, et d’écrire !

Babel, mars 2010

Fabrice Colin – Big Fan

big fan - fabrice colin

Je vous ai déjà parlé de Fabrice Colin à propos de quelques uns de ses romans en littérature jeunesse – La Saga Mendelson, Les vampires de Londres – mais il écrit aussi des romans pour adultes, et ce avec tout autant de talent !

Le roman Big Fan est composé de trois parties qui s’entremêlent. D’une part, une biographie de Radiohead, groupe de la scène rock alternative apparu dans les années 90, d’autre part, l’histoire de Bill Madlock, fan absolu du groupe, de son enfance entre un père absent, une mère surprotectrice et un iguane domestique à l’évènement qui va le mener en prison d’où il va se mettre à écrire sous forme de lettres ses explications sur la fin du monde, et qui compose la troisième partie. Ça a peut-être l’air compliqué dit comme ça, mais ça se lit très bien !

Quand William Madlock, un anglais obèse depuis l’enfance, découvre Radiohead plus rien n’a d’importance pour lui que ce groupe. Cette passion devient fanatisme ; il ne supporte pas d’autre musique et encore moins les gens qui écoutent autre chose que Radiohead. Déjà exclu de la société par son obésité, il va s’enfermer encore plus dans la solitude, peuplée uniquement par les cinq d’Oxford. Mais c’est surtout lorsqu’il prend conscience que leur musique délivre un message visant à dénoncer un complot mondial – orchestré par la Police du Karma – devant entraîner la fin du monde, que son fanatisme prend des proportions dangereuses.

Quant au fait que Fabrice Colin ait choisi de nous parler de Radiohead, je dirai une chose ; si vous aimez, vous prendrez plaisir à lire ce livre en écoutant l’intégral de leurs albums, si vous ne connaissez pas, vous aurez sûrement envie d’écouter ce que ça donne ne serait-ce que par curiosité, et si vous n’aimez pas Radiohead rassurez-vous, cela ne vous empêchera en rien d’apprécier ce livre !

Fabrice Colin surprend et ravit une fois de plus, et on aime ça !

Editions Inculte, janvier 2010

Claire Castillon – Dessous, c’est l’enfer

Dessous c'est l'enfer - Claire CastillonJ’avais découvert et aimé Claire Castillon avec Le Grenier et Pourquoi tu m’aimes pas ? Depuis j’avais continué à lire ses publication sans aimer ni détester mais sans en garder non plus de souvenirs impérissables. J’ai beaucoup hésité avant d’acheter celui-ci et finalement Dessous, c’est l’enfer ne m’aura pas plus emballée.

La narratrice nous raconte d’une part son quotidien avec l’âne, cet homme qu’elle voudrait aimer lorsqu’elle n’a pas envie de l’assassiner. D’autre part, elle se remémore son enfance, les visites chez les grands-parents, ses relations avec ses parents mais aussi son frère et sa sœur, où transparait une idée d’amour raté. Est-ce pour cela qu’elle n’arrive pas à aimer ? Que fait-elle avec l’âne puisque ses manies l’énervent ? Est-ce pour ça qu’elle jette son dévolu sur l’homme à la pomme d’Adam ?

Bref, j’avais aimé au début la plume de Claire Castillon mais les thèmes traités sont toujours les mêmes et son dernier ouvrage n’apporte aucune pierre à l’édifice, juste une redite de ses précédents ouvrages. Et puis je trouve quelques réflexions sur « l’âne » vraiment très vaches, peut-être (surement même) ne suis-je pas dans le même état d’esprit qu’il y a dix ans (année de parution de Le Grenier) mais là j’ai trouvé qu’elle poussait le bouchon un peu trop loin. Les petites piques qui me faisaient sourire avant m’ont cette fois agacée. Je ressors donc déçue de cette lecture mais je suis aussi certaine que je l’oublierai vite.

Livre de poche, janvier 2010

Frédérique Deghelt – La vie d’une autre

Marie est une jeune femme de 25 ans qui vient tout juste de terminer ses études et de décrocher son premier emploi. Alors qu’elle fête cela avec ses amis, elle rencontre Pablo et finit par passer la nuit avec lui. Elle se réveille le lendemain matin à… 37 ans !

Son dernier souvenir date d’il y a 12 ans et elle se retrouve mariée avec des enfants dont elle ne sait pas quoi faire ni comment il faut s’en occuper, elle ne sait pas si elle a un travail ou d’autres obligations, ne sait pas non plus si elle a les mêmes amis à qui elle pourrait demander de l’aide… N’osant rien avouer ni à son mari ni à ses proches, elle va tenter de jouer son rôle tout en enquêtant sur ce qu’elle a oublié. En général, l’amnésie est provoquée par un choc, qu’a-t-il donc bien pu se passer pour qu’elle tire un trait sur tout un pan de sa vie ? Marie a bien évidemment envie de retrouver ses souvenirs et en même temps peur de découvrir des choses qui ne lui plaisent pas.

J’ai bien aimé ce livre, je me suis posée plein de questions ! Comment je réagirais si je me retrouvais dans cette situation ? Y a-t-il des choses dont j’aimerais ne plus me souvenir ? On trouve aussi pas mal d’interrogations sur la relation amoureuse et sur le désir d’enfants.

J’avais été attirée par le titre du livre totalement par hasard dans une librairie et je ne suis pas du tout déçue de l’avoir acheté !

Livre de poche, janvier 2010