Posts Tagged ‘ Littérature étrangère ’

Daniel Glattauer – Quand souffle le vent du nord

Quand souffle le vent du nordEn voulant résiliser son abonnement à un magazine, Emmi envoie par mégarde un e-mail à un parfait inconnu. Celui-ci lui fait part de son erreur mais elle se trompe une fois de plus et continue à envoyer ses relances à la même adresse mail (à ce stade on se demande si elle est idiote ou si elle fait exprès pour engager la discussion avec ce monsieur, mais on décide qu’on s’en fiche et on continue à suivre leur échange). Une correspondance régulière s’engage donc entre Léo et Emmi, un jeu de séduction qui ne peut mener à rien puisque Emmi est mariée et heureuse. Pourtant au fil du temps ils faut admettre qu’ils ont envie de se rencontrer, mais pour quoi faire ? dans quel but ? Pourquoi de parfaits étrangers auraient-ils envie de se rencontrer ? L’intérêt de cette correspondance ne réside-t-il pas dans le fait qu’ils ne se connaissent pas ?

Je me suis donc prise au jeu de ce roman épistolaire du XXIe siècle, attendant impatiemment les réponses de l’un ou de l’autre et m’imaginant une hypotétique rencontre, me demandant à quoi chacun pourrait ressembler, si ils se plairaient… bref, j’a lu avec avidité les 300 et quelques pages de ce livre, ma déception n’en a été que plus grande lorsque j’ai tourné la dernière page puisque cela ne s’est pas du tout terminé comme je le voulais…

Je ne saurais donc vous le conseiller ou non, à vous de voir si le livre vous attire et si vous avez envie de répondre à ces questions ! Après tout, je suis sûre que vous aussi ça vous arrive de vous demander à quoi ressemble la personne qui est derrière l’écran, non ? ;-)

Grasset, avril 2010

Ellen Kushner – A la pointe de l’épée

A la pointe de l'épée - Ellen KushnerRichard Saint-Vière est le plus fameux des tueurs des Bords-d’Eau, le quartier des pickpockets et des prostituées. Aussi brillant qu’impitoyable, violent à ses heures, ce dandy scandaleux gagne sa vie comme mercenaire en vendant ses talents de bretteur au plus offrant, sans trop se soucier de morale. Mais tout va se compliquer lorsque, pour de mystérieuses raisons, certains nobles de la Cité décident de se disputer ses services exclusifs ; Saint-Vière va dès lors se retrouver au cœur d’un inextricable dédale d’intrigues politiques et romanesques qui pourraient bien finir par lui coûter la vie…

Voici un roman très orignal, il ne s’agit pas vraiment de fantasy, pas tout à fait non plus d’un roman de cape et d’épées… L’auteure le présente comme un mélodrame d’honneur, c’est tout à fait cela !

Attention, ceux qui recherchent une aventure palpitante remplie de combats épiques avec ce roman risqueraient d’être fortement déçus, au contraire l’histoire est racontée avec beaucoup de poésie et son rythme n’est pas vraiment soutenu. Pour autant, je ne me suis pas du tout ennuyée et j’ai vraiment la sensation d’avoir lu un livre à part, qui m’a vraiment permis de m’évader dans un autre univers.

Folio, mars 2010

Chuck Palahniuk – Pygmy

Pygmy - PalahniukPygmy, protagoniste et narrateur de ce roman épistolaire, est un jeune garçon de 13 ans, originaire d’un mystérieux Etat totalitaire, qui a été envoyé aux Etats-Unis avec d’autres jeunes de son âge dans le cadre d’un programme d’échange culturel. Leur objectif caché est en fait de découvrir l’american way of life pour mieux infiltrer le pays et mettre en œuvre une action terroriste sans précédent, l’opération Dévastation.

Chaque chapitre est un rapport écrit par Pygmy, alias l’opérateur 67, dans lequel il décrit froidement ses actions dans un français extrêmement malmené, souvent difficile à décrypter. Le propos de Palhniuk, déjà présent dans le reste de son oeuvre est de dénoncer les pires côtés de la société américaine. Ici, il a choisit de la confronter à la conviction et au fanatisme de jeunes terroristes. Malheureusement, le procédé stylistique utilisé est beaucoup trop fatigant pour retenir l’attention du lecteur sur les 250 pages du roman ; il faudra donc beaucoup de concentration et de persévérance pour arriver au bout. Je conseille d’ailleurs à ceux qui voudraient le lire de le feuilleter au préalable en librairie pour éviter toute (mauvaise ?) surprise. Chapeau au traducteur d’ailleurs (Bernard Cohen) qui n’a pas dû s’amuser tous les jours avec ce roman de Palhniuk. En tout cas au final, ce fut pour moi une lecture en demi-teinte.

Denoël & D’ailleurs, avril 2010

Colum McCann – Danseur

Danseur - Colum McCannDans un hôpital soviétique en 1944, Rudi connaît son premier succès en dansant devant les soldats mutilés revenus de la guerre, il a alors six ans. Lorsque son père revient de la guerre lui aussi, il ne partage pas l’engouement des soldats devant les prouesses de son fils et lui interdit de danser. C’est donc en cachette de son père qu’il va apprendre la danse classique auprès d’Anna, et c’est aussi grâce à elle qu’il partira pour Leningrad poursuivre son rêve en trouvant refuge chez sa fille.

La force du récit, imaginaire et romancé, réside dans son style narratif ; en effet, l’histoire de Noureev est racontée par plusieurs acteurs, plus ou moins proches, de sa vie. Ainsi, on retrouve Serguei et Anna grâce à qui il a pu apprendre la danse, sa sœur, sa gouvernante, ses amants, sa partenaire sur scène la célèbre Margot Fonteyn, etc. Le tout est raconté avec en filigrane l’histoire contemporaine soviétique et notamment la guerre froide.

Mon sentiment est tout de même mitigé car on ne peut être qu’agacé par le comportement souvent égoïste du personnage ce qui pourrait gâcher complètement cette lecture si l’on n’était pas en même temps fasciné par cette icône de la danse et c’est en cela que le roman de Colum McCann est tout a fait réussi. Je ne peux pas dire que j’ai totalement tiré plaisir de cette lecture, mais je ne suis pas déçue de l’avoir lu car c’est un roman d’une grande qualité.

Pocket, janvier 2008

Mary Ann Shaffer – Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates

Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patatesMieux vaut tard que jamais, j’ai enfin lu « Le cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates » après l’avoir reçu en cadeau pour la Saint-Valentin !

Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, Juliet Ashton, jeune écrivaine anglaise, fait une tournée pour la promotion de son livre tout en cherchant son prochain sujet d’écriture. A son retour, elle trouve la lettre d’un certain Dawsey Adams, habitant de Guernesey, qui lui explique qu’il a acheté un livre de Charles Lamb lui ayant appartenu et que c’est là qu’il a trouvé son adresse et décidé de lui écrire. Une simple demande d’informations sur l’auteur dudit livre va se transformer en une formidable correspondance, non seulement avec lui mais avec les membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates !

C’est ainsi que Juliet va apprendre que ce club de lecture a été en fait créé pour échapper à une patrouille allemande pendant l’occupation, un soir où une poignée d’habitants avait raté le couvre-feu. Mais ce qui n’était au début qu’une excuse pour sauver leur vie est rapidement devenue une activité à laquelle ils prirent plaisir et Juliet est peu à peu conquise par ses échanges avec les membres du Cercle littéraire des amateurs d’épluchures de patates, à tel point qu’elle envisage de leur rendre visite à Guernesey.

Ce récit sous forme de roman épistolaire est un vrai régal ! On s’attache vite aux personnages, chacun a sa particularité et les réparties de Juliet ou encore les lettres d’Isola (un des personnages que j’ai préféré), entre autres, sont souvent très drôles. Les passages qui évoquent la guerre et l’occupation allemande sont émouvants et nous confortent dans l’idée première que l’on s’est fait de chaque personnage. Les lieux sont tellement bien décrits sous la plume de Juliet que ça m’a donné envie d’aller à Guernesey, ça a l’air très beau ! N’oublions pas le rôle important que jouent les livres dans ce roman et vous comprendrez pourquoi je ressors ravie de cette lecture !

Editions Nil, avril 2009

William T. Vollmann – Etoile de Paris

Etoile de Paris - VollmannCe nouveau texte de William T. Vollmann (totalement inédit puisqu’il n’est même pas sorti aux Etats-Unis) est un poème ayant pour thème l’amour impossible. Vollmann a commencé à l’écrire lors de son séjour à Paris pour la promotion de son premier livre traduit en français La Famille royale, en 2004. Il y décrit un Paris chargé de sensualité dans lequel il n’a de cesse de séduire son Etoile de Paris.

Le texte m’a fait penser à Isidore Ducasse, Comte de Lautréamont, et aux surréalistes en général, à la fois dans le langage utilisé mais aussi les thèmes abordés. De plus, le texte est illustré par des peintures et photos de l’auteur lui-même ; j’ai d’ailleurs bien aimé la mise en page de l’ouvrage.

Un texte pas facile d’accès, avec un style que l’on n’a plus l’habitude de voir au vingt-et-unième siècle, et en cela on peut dire que c’est une perle rare.

J’en profite pour complimenter le travail de traduction de Claro en général, et de ce texte en particulier ; vous trouverez ici son blog que je visite de temps en temps.

Editions Actes Sud, février 2010

Ceridwen Dovey – Les liens du sang

Dans un lieu et à une date non précisée dans le roman, les conséquences d’un coup d’Etat orchestré contre le Président en fonction nous sont contées par son portraitiste, son coiffeur et son cuisinier. Ces trois personnages ainsi que des personnes de leur entourage prennent tour à tour la parole. Chacun raconte comment il est traité après le coup d’Etat mais revient aussi sur son passé, son histoire et on découvre petit à petit les liens qui les unissent et leur rapport avec le Président déchu. La personnalité de chacun se dévoile et des aveux voient le jour dans ces circonstance extrèmes.

C’est un portrait plutôt pessimiste sur la nature humaine que nous dresse Ceridwen Dovey, mais elle le fait avec beaucoup de talent. Un premier roman réussi.

Editions 10×18, janvier 2010 (précédemment publié aux Editions Héloïse D’Ormesson en août 2008)

Alberto Manguel – Tous les hommes sont menteurs

Tous les hommes sont menteurs

Un journaliste français enquête sur l’énigme de la mort de l’écrivain sud-américain Alejandro Bevilacqua, retrouvé gisant dans une rue de Madrid apparemment tombé d’un balcon, au milieu des années 1970. Il va pour cela interroger plusieurs personnes : un écrivain argentin du nom d’Alberto Manguel qui aurait été le confident de Bevilacqua, sa dernière compagne ou encore un homme avec qui il aurait partagé sa cellule sous la dictature militaire en Argentine.

Ce que j’ai trouvé intéressant c’est la perception qu’a chacune des personnes interrogée d’Alejandro Bevilacqua qui nous amène vers une réflexion sur le fait que chacun voit sa propre vérité. En revanche, j’ai eu un peu de mal au début à comprendre qui était qui car on entre tout de suite dans  le dialogue du journaliste avec son premier interlocuteur et l’on découvre petit à petit les éléments du décor. Pas un grand moment de lecture en ce qui me concerne mais pas désagréable.

Actes Sud, septembre 2009

Poppy Z. Brite – La belle rouge

La belle rougeNous retrouvons avec beaucoup de plaisir les deux protagonistes d’Alcool, Rickey et G-man. Souvenez-vous, dans Alcool, ils voulaient ouvrir un restaurant dans lequel tous les plats auraient un ingrédient commun : de l’alcool. Si vous ne l’avez pas lu et si vous ne voulez pas que je gâche votre plaisir, je vous invite à le dévorer avant de poursuivre la lecture de ce billet.

Après le succès rencontré avec leur restaurant, on pourrait penser que tout sourit à Rickey et G-man à la Nouvelle Orléans. C’est sans compter sur une critique parue dans un magazine culinaire qui descend leur restaurant en flèche et les accusations lancées par le procureur Placide Treat sur Lenny Duveteaux. Comment Alcool va-t-il tenir le coup face à ces mauvaises nouvelles ? Car en effet Lenny possède toujours une part du restaurant ce qui ne met pas à l’aise nos deux camarades. Et pourquoi les accusations contre Lenny arrivent-elles en même temps que l’article de ce pseudo critique culinaire ?

Un peu à l’instar d’Alcool il ne se passe pas énormément de choses mais une intrigue s’installe petit à petit pour atteindre son apogée dans les dernières pages du livre. Entre autres péripéties, La belle rouge nous emmènera à Dallas – où vous comprendrez le pourquoi du titre – pour une mission de consulting agrémentée de passages très drôles sur la ville et sur le Texas ! J’ai par contre été déçue de voir moins de descriptions de bons petits plats qui m’avaient tant mis l’eau à la bouche dans le premier volet.

Au final le roman est fort sympathique même si il nous laisse un peu sur notre faim là où Alcool nous avait amplement rassasié.

Editions Au Diable Vauvert, septembre 2009

Kazuo Ishiguro – Quand nous étions orphelins

Quand nous étions orphelinsL’histoire se déroule dans les années 1930 et met en scène Christopher Banks, né en Chine, de parents anglais, où il grandit jusqu’à l’âge de 8 ans. C’est à cet âge qu’il est renvoyé en Angleterre où vit sa tante, après la mystérieuse disparition de ses parents dans la Concession internationale de Shanghai. A la fin de ses études, Christopher devient un détective réputé en Angleterre mais le crime qui ne cesse de le hanter est celui qui a eu lieu en Chine dans son enfance. Ses parents ont-ils été enlevés par des trafiquants d’opium comme on peut le supposer ?

J’ai été très emballée au début du livre mais mon engouement a été de courte durée, les décisions et l’attitude du personnage principal ont fini par m’énerver ; mais il s’agit là d’une sensibilité toute personnelle. Ce qui fait la force de ce livre c’est qu’il est vraiment très bien écrit (et traduit), ainsi que la toile de fond historique. Quand nous étions orphelins, sur fond d’enquête policière, est surtout un roman sur le passage à l’âge adulte, la perte de l’innocence et la quête de ses origines. En ce sens le livre est réussi, mais je n’ai tout de même pas accroché au dénouement de l’histoire.

C’est donc avec un sentiment mitigé que j’ai terminé ce livre ; je ne pense pas qu’il me laissera un souvenir impérissable.

Editions Gallimard, Collection Folio, novembre 2009

Précédemment publié aux Editions Calmann-Lévy en 2001