Posts Tagged ‘ Littérature indienne ’

Bulbul Sharma – Mangue amère

Bulbul Sharma - Mangue amèreA l’occasion des funérailles de Bhanurai Jog, les femmes se retrouvent à la cuisine pour préparer, selon la tradition, le repas qui sera servi aux funérailles. C’est l’occasion pour elles se raconter des histoires et anecdotes dont elles sont la mémoire vive.

L’ouvrage comporte donc plusieurs récits et s’apparente plus à un recueil de nouvelles. A l’instar de La colère des aubergines, la nourriture tient une place importante dans ces récits et font saliver le lecteur tant les plats ont l’air appétissants. Mais ces récits, tantôt drôles tantôt macabres, sont surtout l’occasion d’évoquer les relations familiales et maritales, les jalousies et les vengeances, la position de la femme dans la société indienne ou encore la façon dont sont considérés ceux qui sont parti faire leurs études ou s’installer à l’étranger.

J’ai un peu moins aimé Mangue amère que La colère des aubergines, sans doute parce que ce sont les mêmes thèmes qui reviennent. Peut-être est-ce parce que je n’avais plus le côté surprise mais je les ai trouvé moins marquants. Il est toutefois agréable à lire et intéressant pour qui a envie de passer un moment en Inde et d’en apprendre plus sur les us et coutumes de ce pays.

Bulbul Sharma est en tout cas une écrivain que je continuerai à suivre pour le dépaysement qu’elle me procure.

Picquier poche, octobre 2012

Aravind Adiga – Le tigre blanc

Aravind Adiga - Le tigre blancLe tigre blanc raconte l’histoire d’un jeune indien de basse classe qui réussi à se faire engagé comme chauffeur auprès du fils d’un riche négociant. Aux yeux de sa famille, c’est une belle réussite, mais pour Balram ce sera la découverte d’un monde corrompu dans lequel il est bien difficile de faire son trou.

Le récit est composé comme plusieurs longues lettres écrites en une semaine par Balram Halwai à Wen Jiabao, Premier Ministre de la Chine, qui se prépare à effectuer un voyage en Inde. Il y explique comment il est devenu le meilleur entrepreneur de Bangalore. De son enfance dans un village des plus pauvres situé sur les bords du Gange au moment où il écrit ces lettres, le lecteur découvre un long chemin parsemé d’embuches au travers desquelles Balram ne passe pas toujours de manière politiquement correcte (c’est le moins que je puisse dire sans vous révéler toute l’histoire !).

Comme toutes les bonnes histoires de Bangalore, la mienne commence loin de Bangalore. Aujourd’hui, je vis dans la Lumière, mais j’ai vu le jour et grandi dans les Ténèbres.

Le tigre blanc est le premier roman d’Aravind Adiga pour lequel il a obtenu le Booker Prize en 2008. Une récompense que je trouve amplement méritée car c’est un roman qui possède beaucoup de qualités. J’ai aimé le regard cynique que l’auteur porte sur son pays et en particulier sur la classe des nouveaux riches. J’ai aimé aussi le fait que le personnage principal soit un anti-héros, irrévérencieux et manipulateur, car même si l’auteur aborde le problème des différences de castes en Inde, le récit ne devient à aucun moment accablant.

Une très bonne découverte que je vous conseille si vous aimez ou avez envie de découvrir la littérature indienne.

10/18, avril 2010

Arundhati Roy – Le Dieu des Petits Riens

Arundhati Roy - Le Dieu des Petits RiensQuatrième de couverture : Rahel et Estha Kochamma, deux jumeaux de huit ans, vivent en Inde, entourés de leur grand-mère, Mammachi, qui fabrique des confitures trop sucrées, de l’oncle Chacko, un coureur de jupons invétéré, esprit romantique converti au marxisme pour les besoins de son portefeuille, de la grand-tante Baby Kochamma, qui nourrit un amour mystique pour un prêtre irlandais, et de leur mère Ammu, désertée par son mari, qui aime secrètement Velutha, un Intouchable. Un drame va ébranler leur existence et les séparer. Comment réagir quand, à huit ans, on vous somme de savoir «qui aimer, comment et jusqu’où» ? Comment survivre quand, après un événement affreux dont on a été témoin, on vous demande de trahir la vérité pour l’amour d’une mère ?

Mon avis : Le début du livre a été un peu difficile à appréhender pour moi, je me suis lancée dans cette lecture sans véritablement savoir de quoi ça parlait et il m’a fallu du temps pour mettre les choses en place et pour me familiariser avec les personnages, d’autant que le récit n’est pas chronologique. Puis, j’ai commencé à apprécier cette lecture et à avoir envie de savoir comment était survenu le drame dont on nous parle dès le début.

Je ne suis pas du tout familière de la littérature et de la culture indienne, ce roman a donc été pour moi une source de découvertes. A ce propos, d’ailleurs, j’avais un peu entendu et lu le mot « Intouchable » mais je ne savais pas qui il représentait et le paragraphe suivant m’a beaucoup éclairée :

On interdisait à ces gens-là tout contact avec ce que touchaient les Touchables, les chrétiens tout autant que les hindous. Mammachi racontait à Estha et Rahel que, du temps de son enfance, on obligeait les Paravans à marcher à reculons avec un balai qui leur servait à effacer les empreintes de leurs pas, de peur qu’un brahmine ou un chrétien ne se souille irrémédiablement en marchant dans leurs traces. A cette époque, on leur interdisait aussi d’emprunter les routes et les chemins publics, de se couvrir le haut du corps, d’utiliser un parapluie. Quand ils parlaient, il leur fallait mettre la main devant la bouche, de façon à ne pas envoyer leur haleine polluée au visage de ceux auxquels ils s’adressaient.

Les choses ont a priori évolué depuis quelques années en Inde où l’on tente de réduire les disparités entre les différentes castes mais je trouve ce paragraphe particulièrement significatif du quotidien dans ce pays, il y a quelques années, en tout cas.

Le contexte politique et religieux est également important dans ce roman, accentuant encore plus les différences entre la famille d’Ammu et le statut d’Intouchable de Velutha. Pas étonnant en tout cas que les enfants, Estha et Rahel, ne comprennent pas pourquoi ils n’ont pas le droit de lui adresser la parole, pour moi ce type de ségrégation n’a vraiment aucun sens !

Le Dieu des Petits Riens, c’est un beau livre mais une histoire horrible, un roman à la fois sublime et dramatique qui ne laisse pas indifférent. A lire.

Folio, janvier 2000

Bulbul Sharma – La colère des aubergines

Bulbul Sharma - La colère des auberginesVoici un petit recueil de nouvelles pas banal du tout puisqu’en plus de nous éclairer sur les mœurs et le culture indienne, il nous livre plusieurs recettes de cuisine fort appétissantes. Dès l’avant-propos de l’auteur, le ton est donné et déjà l’odeur des épices nous chatouille les narines.

Si la cuisine joue un rôle important dans ces douze nouvelles, on se rend également compte à quel point la notion de famille est primordiale dans cette société et on voit bien que même au sein de celle-ci, les rôles sont très hiérarchisés : les hommes ont tous les droits, ils sont les chefs de famille, après seulement viennent les femmes, avec là aussi un ordre de priorité selon leur rôle au sein de la famille. L’ensemble est raconté avec humour, mais je n’ai tout de même pas pu m’empêcher de tiquer à la lecture de certains passages.

Les femmes doivent toujours manger à la cuisine, après les hommes, disait son père. Gopal comprenait maintenant pourquoi. Comme elles sont laides quand elles mâchonnent comme des vaches, avec leurs dents toutes tachées de mangeaille, pensait-il avec irritation.

On y constate aussi que la plupart des mariages sont arrangés par les parents en fonction de nombreux critères incluant les caractéristiques des époux mais aussi le rang social de leur famille. Ce n’est certes pas le seul pays du monde dans lequel les mariages arrangés sont monnaie courante mais cela m’a semblé ici vraiment très stricte.

En tout cas, j’ai pris plaisir à lire ce petit recueil de nouvelles, pas seulement parce que je suis gourmande mais aussi parce qu’elles sont bien écrites et dépaysantes. Il m’a aussi donné envie d’en apprendre plus sur l’Inde et sur son système de castes qui est évoqué à plusieurs reprises. D’ailleurs, si vous avez des suggestions de titres, n’hésitez pas !

Un livre que j’ai repéré chez Céline et qui s’inscrit à merveille dans le challenge des livres gourmands de Syl. !

Philippe Picquier, octobre 2002